LE LION EST MORT CE SOIR, de Nobuhiro Suwa

On dit souvent de Nobuhiro Suwa qu’il est le plus français des cinéastes japonais. Cela se vérifie dans Le lion est mort ce soir, où il convoque bien des fantômes du cinéma, et pas seulement ceux de son scénario. Dans ce film où Jean, comédien vieillissant, accepte de tourner dans le court-métrage de jeunes réalisateurs en herbe du sud de la France, tout en retrouvant l’image de son amour perdu quarante ans auparavant, le réalisateur rend hommage à plusieurs acteurs du cinéma français. Il y a du Truffaut évidemment, son double Jean-Pierre Léaud incarne ledit Jean, et la troupe de jeunes enfants n’est pas sans rappeler les petits farceurs des Mistons ou des 400 coups. Il y a Rohmer aussi, dans la scansion du texte, et même Bazin dans l’obsession du personnage pour la représentation impossible de la mort à l’écran… Jusqu’à Maud Wyler qui, lors de sa première apparition, rappelle fortement la Catherine Deneuve des Demoiselles de Rochefort. Pourtant, loin d’être une simple hagiographie du cinéma français, le film, même s’il évoque des thèmes chers à la Nouvelle Vague – le cinéma, sa fabrication, sa mise en abîme, son questionnement – , laisse apparaître la propre sensibilité de son réalisateur: il nous emmène dans son monde des songes, plein de délicatesses, d’échappées féeriques, de détails magiques. Et Jean-Pierre Léaud est au mieux de sa forme: lunaire et facétieux comme toujours, il campe un lion magnifique, déclamant comme jamais des tirades lyriques passionnées. Le lion est mort ce soir souffle un air de déjà-vu très plaisant, et un vent de nouveauté tout à la fois, qui nous ravit.

Sortie le 03/01/2018