TRANSIT, de Christian Petzold

Dans ses derniers films, Christian Petzold nous avait habitués à des reconstitutions fidèles d’une Allemagne révolue. Il brouille les pistes ici, en nous offrant un récit plus intemporel, adapté d’un roman d’Anna Seghers : des allemands fuyant le régime de leur pays attendent l’autorisation de quitter Marseille pour s’éloigner des autorités fascistes qui les poursuivent. Si l’histoire originale se déroule pendant la seconde guerre mondiale, le long-métrage, lui, prend place dans un Marseille contemporain, évoquant des situations actuelles de réfugiés. Pourtant, même si la politique tient une grande place dans le film, il s’évade surtout du côté de la métaphore universelle d’une condition humaine qui nous fait souvent nous retrouver en transit dans la vie de quelqu’un, et toujours à la recherche d’un ailleurs physique ou mental. Et sous le ciel azur d’un Marseille lumineux, au son de la voix-off merveilleusement apaisante de Jean-Pierre Darroussin, c’est de la vie, de la mort, de l’amour que nous parle le réalisateur, qui réussit bien son coup : jusqu’au bout et même longtemps après, le regard hypnotique et fiévreux de l’acteur principal Franz Rogowski nous hante, cherchant désespérément à s’abîmer dans les yeux océan d’une Paula Beer envoûtante.

Sur l’échelle du cinéma : étonnamment, pour Marseille, Jean-Pierre Darroussin, les réfugiés et cette éternelle histoire des sentiments, le film rappelle un peu le récent La villa de Robert Guédiguian ; mais c’est surtout du côté d’Alfred Hitchcock, référence assumée de Christian Petzold, que Transit va s’ancrer : l’héroïne mystérieuse et fatale, les histoires politiques et d’identité, le rythme et la mise en scène rappellent plusieurs des chefs-d’œuvre du maître du suspense.

Sortie le 25/04/2018