MADAME FANG, de Wang Bing

On connaît le goût du cinéaste chinois Wang Bing pour les oubliés de son pays, ceux dont on ne parle pas, ou si peu. Cette fois-ci il a posé sa caméra au chevet de Fang Xiuying, paysanne de 76 ans, agonisante. Le film est âpre, composé de longs plans séquences la plupart du temps peu mobiles, qui nous forcent à regarder, à voir la mort envahir le visage, le regard lointain de la vieille femme, depuis longtemps silencieuse et déjà absente. La vie pourtant suit son cours, on mange, on pêche, on discute alentour. Mais face à ce destin inéluctable, tout paraît bien futile. Comme toujours, le cinéaste construit de beaux tableaux du quotidien : celui, désespérant, de l’aïeule qui s’en va, mais aussi celui des parents, proches, voisins, qui l’assistent dans son agonie silencieuse. « Elle sombre lentement comme un bateau », observe l’un d’eux. Et c’est toute la fragilité de la vie qui subitement nous submerge, au cours de ce poignant moment d’adieu ; avant de retrouver la quiétude de la pêche sur le marécage. La vie continue.

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Sortie le 13/06/2018