DAMIEN BONNARD, ESTHER GARREL, LOLA BESSIS, comédiens

Ambiance détendue et très gaie pour cette rencontre en pleine canicule avec Damien Bonnard, Esther Garrel et Lola Bessis, qui nous parlent du tournage du très surprenant C’est qui cette fille de Nathan Silver, en salles le 25 juillet.

 

Pouvez-vous raconter la première rencontre avec Nathan le réalisateur, comment il vous a expliqué le rôle, et ce que vous en avez pensé?

Esther: En fait c’est Lola qui m’a téléphoné car elle avait parlé de moi à Nathan pour le rôle de Clémence; à la suite de ça Nathan et moi nous sommes vus: il a pu me raconter l’histoire du film, comme un conte, une fable, et me montrer le séquencier qu’il avait écrit. En général, j’essaye de me fier aux premières sensations que j’ai quand je rencontre quelqu’un: là j’ai eu tout de suite envie de le suivre, sa propre excitation pour le projet qu’il allait entreprendre m’a entraînée. Ça s’est donc fait très simplement.

Damien: Je suis arrivé aussi grâce à Lola. Elle connaissait Nathan avant, et avait pu lui parler de moi. En fait il pensait à Serge Bozon au départ pour le rôle, mais finalement c’est moi qui l’ai eu! On a même gardé un des tatouages de Serge pour le personnage que je joue. Comme Esther, j’ai tout de suite eu envie de travailler avec Nathan: j’ai aimé son projet, ses influences artistiques et cinématographiques. Et en plus comme il ressemble au chat d’Alice au pays des merveilles, avec son grand sourire, à moitié flippant et à moitié sympa, j’ai tout de suite été convaincu.

Lola: En effet j’avais rencontré Nathan il y a quelques années au Festival du cinéma américain de Deauville où je faisais partie du jury. Son film Uncertain terms me semblait être l’un des seuls qui se démarquait, tourné avec peu de moyens, je l’avais trouvé très fort et il m’avait vraiment touchée. En tant que jurée je n’avais pas le droit de lui parler pendant le festival, mais dès la cérémonie de clôture on a pu échanger. On est restés en contact et assez vite il m’a parlé de ce film qu’il avait envie de faire en France, m’a fait lire plusieurs versions puis m’a proposé le rôle de Charlie. J’ai donc été investie dans ce film assez tôt; au début Nathan pensait à d’autres acteurs français, qui étaient plutôt frileux à propos de l’improvisation qu’il demandait pour le film. J’ai tout de suite pensé à Damien, mais je ne savais pas qu’il ne parlait pas anglais! En fait, comme le film parle entre autres d’incommunicabilité, Nathan a adoré ça! Et j’ai aussi pensé à Esther, avec qui j’ai une amie commune, car je savais qu’elle aimait prendre des risques et que ce genre de film pouvait lui plaire.

Comment ça s’est passé concrètement sur le tournage? Impro est-ce que ça veut dire que le matin vous ne savez pas ce que vous allez tourner?

Damien: En fait ce n’est pas exactement de l’improvisation, car dans le traitement qu’il nous avait donné, tout était hyper précis. Du coup, dans ce cadre, on avait juste à trouver comment se dire les choses. On s’est rencontrés en amont du tournage pour en parler entre nous, puis on a essayé au tournage et Nathan a gardé ce qu’il a préféré.

Esther: Oui, on était quand même cadrés. Un film ne peut pas se faire n’importe comment, parce qu’il y a toute une équipe qui doit être au courant de ce qu’on va filmer. Du coup il y avait une première prise où on proposait un peu ce qu’on avait envie, mais dès la deuxième prise il y avait un recadrage, parce que c’est un film de cinéma qui va être projeté et que l’image doit en tenir compte.

Lola: Et puis on avait toujours en tête les spécificités de chacun de nos personnages; c’est comme dans la vraie vie: tu ne sais pas toujours exactement ce que tu vas dire, mais tu sais qui tu es, ce que tu aimes etc; on connaissait bien nos personnages et on avait la trame très écrite en tête. C’est donc à l’intérieur de cette structure qu’on a eu la possibilité de proposer des choses, que Nathan aimait ou pas; au début du tournage, c’est arrivé qu’il prenne une demi-heure de pause pour réécrire la scène car il avait aimé ce qu’on avait proposé.

Un tournage en anglais, Esther et Lola, ça vous est déjà arrivé, mais c’était la première fois pour toi Damien, sans être anglophone en plus; comment ça s’est passé?

Damien: En fait au début j’avais un peu peur mais finalement je me suis éclaté! Et en plus maintenant je commence à me débrouiller en anglais. Comme le personnage est un français qui parle mal anglais, ça s’est très bien passé, et ça m’a donné beaucoup de liberté dans le jeu.

Lola: Oui ça apporte un peu une carapace de parler dans une autre langue.

Damien: Parfois Nathan me reprenait, parfois aussi me demandait de garder des accidents de langage qu’il trouvait intéressants. C’était un mauvais anglais mais pas si mal.

Lola: En fait plein de scènes se jouent sur des quiproquos, des jeux de mots. Je pense par exemple à Jacques Nolot qui a improvisé sur « shot » et « chatte ». Ou moi j’ai cette scène improvisée où je donne un cours de français à Gina sur les faux amis.

Esther: Ah oui cette scène est géniale, Gina ne t’écoute pas du tout car elle surveille par la fenêtre, mais le spectateur suit tout ce que tu dis!

Lola: Il y a vraiment une magie qui opère quand on a un réalisateur étranger sur un tournage en France, avec un chef op américain et une équipe française.

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Damien, pourrais-tu revenir un peu sur le personnage de Jérôme, qui a une allure, une posture super ringarde. Qu’as-tu mis de toi dans ce personnage ? (rires)

Damien : Ce n’est pas du tout moi ! Jérôme écoute de la musique que je ne supporte pas dans la vie, il porte des vêtements que je ne mettrai jamais de ma vie, et aussi une moustache ! C’est Nathan qui avait envie d’un truc un peu pop, pas vraiment daté mais rappelant les années 80 ou 90 : un genre de dandy. Puis Camille la costumière a eu plein d’idées géniales pour les vêtements. J’ai aussi apporté quelques affaires de chez moi, mon petit collier, un kimono, et on a fait un mix.

Lola : En fait c’est pas mal quand il y a peu de moyens comme pour ce film, car on est tous impliqués dans le processus créatif.

Esther : Oui sur ce genre de tournage automatiquement on pense beaucoup plus aux habits, à la coiffure du personnage. Sur d’autres films où il y a plus de temps et plus de moyens, on délègue beaucoup plus.

Le tournage a été rapide ?

Damien : Quinze jours, sachant qu’on dormait trois heures par nuit, parfois même pas du tout : on passait des décors de jours aux décors du club. Je n’ai vraiment pas quitté mon personnage pendant quinze jours.

Qu’avez-vous pensé du film au premier visionnage ?

Esther : La première fois j’étais un peu perturbée, mais je le suis toujours la première fois que je vois un film dans lequel je joue. La deuxième fois c’était au Champ Elysées Film Festival et j’ai enfin vu le film vraiment, et ça m’a beaucoup plu. Il faut attendre longtemps après un tournage pour apprécier le film je pense, presque avoir oublié ce qu’on a fait.

Lola : J’ai adoré le film, que je trouve très sensoriel ; et j’ai un peu regretté de déjà connaître ce dont ça allait parler ; j’aimerais beaucoup le voir dans la peau de quelqu’un qui ne sait pas du tout ce qu’il va voir. En tous cas j’ai eu beaucoup de retours de gens qui l’ont vu et se sont trouvés vraiment embarqués : limite tu ne sais même pas vraiment si tu as aimé ou pas, mais tu as ressenti des choses ; ce film crée des sensations fortes chez les spectateurs.

Damien : Je suis hyper heureux de l’objet final. En plus comme il est déjà intemporel je pense qu’il ne se démodera même jamais.

Quels sont vos projets à venir ?

Esther : Je viens de finir un film de Caroline Fourest au Maroc ; pour résumer, ça parle de femmes qui prennent les armes pour tuer des djihadistes (rires); et je repars travailler sur un film en Europe. J’ai tourné aussi à New York dans le prochain film de Nathan qui sort à la rentrée aux États-Unis ; là pour le coup c’était une équipe totalement américaine, avec juste deux françaises, Maëlle Poésy et moi, et on a encore moins dormi que sur le tournage de C’est qui cette fille!

Lola : Picnic at Hanging Rock, la série australienne dans laquelle j’ai joué, est sortie sur Canal Plus, et le film Nighthawks que j’ai tourné à New York devrait sortir bientôt. Et en ce moment je finis l’écriture de mon prochain film.

Damien : Le film En liberté de Pierre Salvadori dans lequel je joue sort le 31 octobre. Là je vais bientôt partir en Arménie pour tourner dans un premier long-métrage de Nora Martirosyan où je devrai parler anglais ; puis dans un film de Ladj Ly, qui est en fait la version longue de son court-métrage Les misérables dans lequel je jouais, qui avait eu pas mal de succès l’année dernière.

 

Synopsis: Gina, hôtesse de l’air en escale à Paris, et Jérôme passent la nuit ensemble après une soirée bien arrosée. Soudain Gina est partout : au bar où Jérôme travaille, dans la rue où il habite, et même dans l’appartement qu’il partage avec sa petite amie Clémence… Gina est décidément folle de lui, et ira jusqu’au bout pour le conquérir. L’ (anti)-comédie romantique de l’été.

 

À lire aussi: l’interview du réalisateur Nathan Silver

et la critique du film

Interview et portrait: Céline Perraud

Photo: Stray Dogs

Merci au Terrass Hotel d’avoir accueilli l’interview

2 réflexions sur “DAMIEN BONNARD, ESTHER GARREL, LOLA BESSIS, comédiens

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