NATHAN SILVER, réalisateur

Le réalisateur américain Nathan Silver a bien voulu répondre à nos questions sur son film tourné à Paris, C’est qui cette fille, en salles le 25 juillet. Réservé mais passionné de cinéma, il a notamment parlé de ses inspirations, des français et des américains.

 

Il y a plusieurs genres dans ton film, thriller, conte de fée, romance… Quelles ont été tes inspirations ?

Oui en effet on voulait faire un film qui mêle différents styles. On a un peu puisé dans les thrillers érotiques, notamment Liaison fatale de Adrian Lyne. On a ensuite pensé à comment représenter Paris à l’écran, et je me suis souvenu de l’image de cette ville que j’avais quand j’étais plus jeune, à travers des films que j’avais vus ; c’est là que le souhait de représenter Paris avec toutes ces lumières assez crues est apparu. Puis il y a aussi le personnage de Gina, l’américaine qui arrive en France, elle est bercée de comédies musicales et de vieilles comédies romantiques. Le film s’inspire donc de plein d’œuvres très différentes.

Tu montres en effet Paris d’une manière particulière, un peu glauque ; est-ce vraiment ainsi que tu voies cette ville ?

Oui, si je repense à la première fois que je suis venu ici, jeune, c’est un peu ça qui me revient : cette ambiance bizarre, d’un côté romantique mais aussi un peu sale.

Tu as tout de suite voulu tourner ce film à Paris ?

Oui ! J’ai déjà vécu à Paris, et je me suis toujours dit qu’il fallait que j’y filme un jour. En fait je venais de finir un film avec Lindsay Burdge (l’actrice principale de C’est qui cette fille) aux États-Unis, où elle avait un second rôle ; elle m’a tellement impressionné que j’ai voulu qu’elle soit le premier rôle de mon film suivant. Mon ami co-scénariste était justement en train d’écrire un film qui se passait à Paris, mais n’était pas convaincu par son histoire. On a pas mal réécrit mais on a conservé le lieu : ça me permettait enfin de faire un film à Paris !

Dans le film, tous les personnages français sont cyniques, flous, louches, et les américains excessivement romantiques ; est-ce que c’est ta véritable vision des choses ?

C’est bien sûr exagéré pour le film. Mais tout de même, je trouve en effet assez fascinant à quel point les américains peuvent être naïfs à propos de certaines choses, notamment lorsqu’ils se rendent dans un autre pays. Le personnage de Gina représente vraiment ça : elle arrive à Paris avec toute cette imagerie romantique, et ne voit pas, ou ne veut pas voir, qu’il en est tout autrement ; en plus comme elle ne comprend pas le français, il lui est facile de rester dans sa bulle. Elle tombe amoureuse à Paris, et ça lui fait oublier sa vie difficile, voilà pourquoi elle décide de rester vivre dans la capitale française. Quant aux français, oui je les trouve un peu cyniques, mais à vrai dire pas plus que les New-Yorkais par exemple : je pense que c’est le propre des habitants des grandes villes, en proie à un genre de malaise urbain.

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Est-ce que ça été difficile de diriger un film en France avec une équipe majoritairement française ?

Le chef opérateur était américain, ainsi que quelques producteurs ; mais toute l’équipe technique était française, mon premier assistant également. Il traduisait pour moi lorsque je ne comprenais pas ou n’arrivais pas à me faire comprendre ; ayant vécu en France, je comprends quasiment tout en français, et peux parler français, même si je préfère parler en anglais ! La façon de faire un film en France est très différente de celle des États-Unis, notamment pour les films à petit budget. Là-bas la norme est de filmer de douze à quatorze heures par jour, alors qu’en France les journées sont beaucoup plus courtes. L’équipe a donc dû s’adapter à la manière américaine ; la plupart n’avaient jamais travaillé sur un long-métrage, ils venaient du court-métrage et du clip, mais étaient très intéressés par le fait de travailler sur un long, car ça rapporte plus, et aussi d’être sur une production américaine. Je pense que si on avait eu une équipe française « classique » ça aurait été la catastrophe car on n’aurait jamais pu tout tourner. Deux des producteurs français avaient aussi déjà travaillé sur des films aux États-Unis, du coup ils connaissaient le rythme de tournage américain des films à petit budget comme celui-ci, ce qui nous a aidé. Tout s’est plutôt bien passé, sauf un jour où l’équipe a menacé de s’arrêter car elle trouvait qu’on travaillait trop ; mais comme on avait un jour de repos le lendemain, ils ont bien voulu continuer un peu. En fait j’ai vraiment beaucoup aimé ce tournage parisien.

Est-ce que tu aimes le cinéma français ? Quels films ?

Oh oui j’adore ! Quand j’ai commencé le cinéma, j’aimais énormément Bresson ; maintenant un peu moins. J’ai toujours aimé Rohmer, les films que Buñuel a fait en France, Chabrol, notamment Le boucher et Les noces rouges, Rivette, Truffaut par exemple La chambre verte. Il y a plein de réalisateurs français que j’aime, il y a tellement de choix !

Tu ne cites que des réalisateurs disparus ; tu n’aimes pas les réalisateurs actuels ?

C’est une question intéressante. J’ai récemment rencontré Guillaume Brac et j’aimerais beaucoup voir ses films, que je n’ai pas encore vus. J’avais bien aimé La France de Serge Bozon ; d’ailleurs j’avais d’abord pensé à lui pour le rôle de Jérôme dans C’est qui cette fille. Mais je dois avouer que je ne connais pas vraiment le cinéma français actuel ; il n’y a pas tant de films que ça qui arrivent aux États-Unis, sauf dans les festivals. J’aime beaucoup Mia Hansen-Løve, et aussi certains films de Guillaume Nicloux, mais je dois avouer que je ne vois pas vraiment qui citer d’autre. Tu me conseillerais qui ?

Je pensais que tu allais citer des réalisateurs un peu plus vieux comme Benoît Jacquot ou Arnaud Depleschin…

Ah oui j’adore Depleschin ! Et aussi Jacques Nolot ; j’avais aussi adoré Rester vertical de Alain Guiraudie.

As-tu des projets à venir ?

J’ai déjà fait un autre film, encore avec Esther Garrel et aussi Maëlle Poésy, qui s’appelle The great Pretender, qui sera projeté à la Cinémathèque en novembre, et il sera aussi au festival de Tribeca. J’ai aussi un autre film en cours que je co-réalise depuis trois ans, on vient d’achever le tournage du coup je suis en montage maintenant, j’espère avoir fini à la fin de l’année. Et j’ai deux scénarios bouclés dont j’espère qu’ils vont se tourner. Après avoir travaillé sur plusieurs films juste avec des traitements d’histoire, mais pas de dialogues écrits, je reviens au scénario, car je voudrais des plus gros budgets. Mais pour avoir pas mal d’argent, il faut présenter un scénario en bonne et due forme aux producteurs ; j’ai très envie de diriger une plus grosse machine, ce sera une première pour moi.

 

Synopsis du film : Gina, hôtesse de l’air en escale à Paris, et Jérôme passent la nuit ensemble après une soirée bien arrosée. Soudain Gina est partout : au bar où Jérôme travaille, dans la rue où il habite, et même dans l’appartement qu’il partage avec sa petite amie Clémence… Gina est décidément folle de lui, et ira jusqu’au bout pour le conquérir. L’ (anti)-comédie romantique de l’été.

 

À lire aussi: l’interview des acteurs Damien Bonnard, Esther Garrel, Lola Bessis

et la critique du film

Interview: Céline Perraud

Portrait et photo : Stray Dogs

Merci au Terrass Hotel d’avoir accueilli l’interview

 

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