SOFIA, de Meryem Benm’Barek

Représentatif, selon la jeune réalisatrice, de bien des situations réellement arrivées dans le Maroc contemporain, Sofia retrace la destinée d’une jeune fille et de sa famille confrontées à un déni de grossesse puis à un accouchement hors mariage, interdit dans ce pays. On suit alors les différentes étapes des sentiments des protagonistes. Après la panique et surtout la honte énorme de la jeune fille qui, lorsqu’elle est obligée de tout avouer à ses parents, s’abat sur la famille entière, il faut gérer les apparences. La jeune mère et le présumé père risquent la prison s’ils ne se marient pas très vite, les familles quant à elles risquent le déshonneur face aux voisins et connaissances, il faut agir rapidement. Le bébé finalement ne compte pas beaucoup, souvent invisible dans ses langes, on le trimballe, petite chose insignifiante, sans même le nommer. Meryem Benm’Barek signe un beau film âpre et instructif, sur le poids des traditions, des lois archaïques, qui forcent encore bien des personnes à mentir et se sacrifier pour sauver les apparences.

Sur l’échelle du cinéma : Un cinéma social qui rappelle le Asghar Farhadi des débuts, avant qu’il ne s’égare loin de chez lui, un peu Ken Loach également, dans ses œuvres les plus intimistes.

Sortie le 05/09/2018