AMIN, de Philippe Faucon

Après le multi-récompensé Fatima, puis la mini-série Fiertés pour Arte, Philippe Faucon nous livre Amin, un nouvel essai sur une réalité sociale de notre pays. Il suit essentiellement Amin, qui comme de nombreux autres, a quitté son pays, le Sénégal, en y laissant femme et enfants, afin de gagner de l’argent sur des chantiers en France. Eux vivent et grandissent sans mari ni père, quand lui mène une vie française solitaire et travailleuse, ne rentrant que quelques semaines par an en Afrique. Toujours très bien documenté, accordant beaucoup d’attention aux détails qui ancrent les personnages et les situations dans le réel de notre France contemporaine, et très bien interprété, notamment par Moustapha Mbengue éblouissant de pudeur retenue en France, beaucoup plus expansif avec sa famille sénégalaise, le film nous emmène facilement vers les drames de la vie quotidienne de ces déracinés et de ceux qui les entourent. Pour la première fois, le réalisateur a fait appel à des acteurs connus, Emmanuelle Devos, qui parvient parfaitement à s’effacer derrière ce personnage également solitaire qui voit en Amin autre chose que le peu qu’il s’autorise à laisser paraître, et la jeune Fantine Harduin, toujours excellente, en pré-ado difficile. Riche de nombreuses histoires et réflexions, joliment mis en scène, Amin est un film brut plein de douceur, qui nous parle des choix que l’on est constamment amenés à faire, des incompréhensions auxquelles on se heurte souvent, de la solitude des êtres, quels qu’ils soient.

Sur l’échelle du cinéma: du Philippe Faucon pur jus, dans la veine de Fatima, teinté d’un peu de sentimentalisme à la Ken Loach, juste ce qu’il faut.

Sortie le 03/10/2018