HEUREUX COMME LAZZARO, de Alice Rohrwacher

Comme dans son précédent film Les Merveilles, la réalisatrice, ici, nous immerge au sein d’une communauté auto-suffisante, sans marqueur temporel précis, si ce n’est qu’elle paraît appartenir à une époque semble-t-il révolue, s’intéressant à quelques-uns des personnages en particulier, suivant notamment leur cheminement au contact d’un élément perturbateur important, amené à dérégler le fonctionnement bien rôdé du groupe. Dans ce conte lumineux et désespéré à la fois, elle met en scène Lazzaro, jeune homme à la beauté délicate d’un ange de Botticelli, irradiant de bonté, animé de sentiments si purs et absolus qu’ils transcendent la vie et le temps ; ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard s’il porte le nom du fameux personnage biblique. Inspiré d’un véritable fait divers des années 80, où une riche propriétaire terrienne avait caché à ses paysans l’abolition du métayage, les exploitant toujours, le film est à voir notamment comme une allégorie, une parabole sur la richesse des déshérités. Heureux comme Lazzaro met en évidence les rapports de force obligés dans toute interaction humaine, les habitudes desquelles on ne s’arrache pas, les beaux sentiments qui nous font vivre et survivre. Alice Rohrwacher signe un film magique, intemporel, à la forme étrange, à la lumière inoubliable, parfois drôle, parfois déchirant, qui a obtenu le Prix du Scénario au Festival de Cannes 2018.

Sortie le 07/11/2018