ÁGA, de Milko Lazarov

C’est une histoire simple ; si simple qu’elle confine au mystique. Dans une immensité glacée, où l’horizon s’estompe, nous enfermant dans un monde irréel de neige et de roches, Nanouk et Sedna vivent paisiblement avec leur chien : le réalisateur filme les gestes de la vie et de la survie, l’osmose du couple de cinquantenaires, partageant chaque tâche du quotidien, échangeant sans heurt, évoluant harmonieusement jusqu’à ce que plusieurs événements troublent cette force tranquille qu’ils incarnent. La lumière, extrêmement travaillée, magnifie les paysages et les visages, quand la mise en scène pure joue admirablement avec le nombre réduit de formes et de couleurs disponibles dans ce grand Nord, contribuant à emporter le film vers un au-delà féerique. Cette impression est accentuée par le choix d’une musique de plus en plus dramatique, vers une apothéose grandiose : la 5ème symphonie de Gustav Mahler, celle-là même qui nous envoûte dans Mort à Venise de Luchino Visconti, accompagne ici d’une manière tout aussi déchirante cette réflexion sur les frontières entre les mondes. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : hautement symbolique, Ága constitue un magnifique film sur le passage, de la tradition à la modernité, de la vie à la mort, du songe à la réalité, de la terre au ciel, du concret au rêve, nous engageant à repenser la beauté de l’univers.

Le film a obtenu le Grand Prix au Festival du Film de Cabourg 2018.

Sur l’échelle du cinéma : Impossible de ne pas penser à Nanouk l’Esquimau de Robert Flaherty, tant dans sa dimension documentaire que dans sa vision plus cosmique de la signification de l’existence.

Sortie le 21/11/2018