UNE AFFAIRE DE FAMILLE, de Kore-Eda Hirokazu

Comme à son habitude, le réalisateur nippon, dans ce film qui a remporté la Palme d’Or au festival de Cannes 2018, questionne la notion de famille, saisissant les fugaces instants magiques qui en soudent les membres, un repas partagé, une aventure commune, un geste tendre, pour livrer une étude tout en finesse de l’enfance et des rapports aux parents. Chez les Shibata on vit chichement, d’emplois précaires et de menus larcins, mais toujours dans la bonne humeur et le partage : c’est donc tout naturellement que la famille accueille un jour Juri, petite fille maltraitée, et l’intègre à la joyeuse bande. Tant bien que mal tout ce petit monde évolue heureux, jusqu’au jour où des secrets enfouis resurgissent. Subtilement mis en scène, présentant des personnages tous plus attachants les uns que les autres, le film marque autant pour sa description convaincante d’une famille pas ordinaire que par sa critique désenchantée d’un régime social japonais peu bienveillant envers les plus pauvres. Et c’est aussi l’occasion de voir une dernière fois à l’écran la fabuleuse Kiki Kilin, disparue en septembre 2018, qui campe ici une grand-mère à plusieurs facettes, facétieuse et secrète, aux yeux toujours brillants d’espièglerie.

Sur l’échelle du cinéma : Difficile de ne pas penser à Nobody knows, du même réalisateur, qui lui aussi mettait en scène une famille spéciale, aux membres reliés par une infinie et pudique tendresse, et qui longtemps après le visionnage, nous hantait encore doucement.

Sortie le 12/12/2018