MONSIEUR, de Rohena Gera

Dans son premier long-métrage de fiction, la réalisatrice réussit le tour de force de nous donner à voir un film d’amour tendre et délicat, tout en nous laissant envisager la dure réalité des castes encore en vigueur dans la culture indienne. Ashwin, jeune et riche entrepreneur de Bombay, s’est séparé de sa promise, et vit seul avec sa domestique Ratna, veuve prématurée. Tout les sépare, et ils ne devraient entretenir qu’une relation d’employé à employeur ; pourtant, ils se rapprochent et se comprennent, frôlant alors les tabous bien établis depuis toujours en Inde : l’une comme l’autre de leurs familles ne comprendrait pas, ni n’accepterait leur éventuelle union : cela ne se fait pas, et c’est tout. Nous immergeant aisément dans cette culture peu connue en Occident, le film fait voyager au propre comme au figuré : Rohena Gera montre les marchés colorés, les fêtes enthousiastes, la musique et la danse, la cuisine alléchante, la ville tentaculaire, mais également l’intime, les petits gestes ou regards si signifiants, le sourire qui illumine tout de l’actrice Tillotama Shome, et les yeux si doux de Vivek Gomber lorsqu’il la regarde, pour livrer un film qui fait plaisir à voir, et montrer encore une fois que l’amour ne s’embarrasse pas de limites.

Le film a reçu le Prix du public au Festival du film de Cabourg – Journées romantiques 2018.

Sur l’échelle du cinéma : par son portrait d’une femme libre et décidée à s’évader de la place dans laquelle la société voudrait la cantonner, Monsieur rappelle Les lauriers-roses rouges, formidable film de la jeune cinéaste bangladaise Rubaiyat Hossein.

Sortie le 26/12/2018