COMME ELLE VIENT, de Swen de Pauw

Une fois accepté le dispositif singulier, un peu déroutant, de la parole libre et filmée d’un coup, comme elle vient, on entre aisément dans ce documentaire passionnant. Le réalisateur a choisi de montrer le psychiatre strasbourgeois Georges Federmann chez lui, une nuit, donnant son avis sur de nombreux sujets qui lui tiennent à cœur, montrant aussi la fabrication même du film, les changements réguliers de bobines 16mm, les pauses de l’interviewé, l’équipe réduite ; ça ressemble un peu à une mise en scène de cours magistral dans une cuisine, et c’est génial : une cinématographie extrême et engagée pour transmettre un discours qui l’est tout autant. Portant le film sur sa seule parole, Georges Federmann, les yeux dans nos yeux, livre une exploration construite et cependant passionnée des problématiques abordées. Après trente ans d’exercice de son métier auprès des personnes les plus défavorisées, il remet notamment en perspective la pratique de la médecine par rapport à l’histoire, à la politique, au social, et à son enseignement même. C’est un réel plaisir, pas si habituel, d’entendre quelqu’un, de sa voix chaude et rassurante, énoncer des vérités parfois délaissées, dans un seul souci de bonté et de solidarité humaine.

Sur l’échelle du cinéma : Swen de Pauw a révélé qu’il a voulu faire ce film après avoir vu celui de Richard Brouillette, Oncle Bernard – L’anti-leçon d’économie, qui pareillement organise un tête-à-tête avec Bernard Maris, délivrant avec humour un décryptage économique édifiant.

Sortie le 09/01/2019