LA LIBERTÉ, de Guillaume Massart

Le centre pénitentiaire de Casabianda, en Haute-Corse, a deux particularités : il constitue la seule prison ouverte de France, et accueille en grande majorité des hommes reconnus coupables d’infractions sexuelles intrafamiliales. Alors qu’on s’attendait à ce que le documentaire de Guillaume Massart décrypte le fonctionnement d’un tel établissement, où les plages de la Méditerranée représentent les frontières avec le monde libre, où les nombreux chats vivent en harmonie avec les occupants, alors même que le réalisateur en posant au début sa caméra lui-aussi pensait faire un film en ce sens, les surprises du tournage l’ont conduit à un tout autre genre de cinéma : les détenus, dont il croyait qu’ils resteraient à l’écart et anonymes, sont venus spontanément, durant l’année entière qu’il a passée sur les lieux, lui parler, lui confier leur état d’esprit et leurs états d’âmes, dans de longs têtes à têtes très intimes. Il en résulte un documentaire troublant, où ces prisonniers, qu’on entend peu d’habitude, prennent la parole qu’ils ont perçue possible, pour expliquer qui ils sont, tenter d’approcher le pourquoi de leurs actes, abordant petit à petit sans détour leur honte, leur passé, leur futur possible, leurs craintes. Un mot pourtant, tabou, n’est presque jamais prononcé : l’« inceste », cet acte-même qui leur a valu leur emprisonnement, reste la plupart du temps évoqué sous forme de périphrases diverses, comme s’il faisait peur. Le film de Guillaume Massart est un document rare et important, soulevant de nombreux questionnements, qui porte bien son nom : la liberté, comme le dit l’un des incarcérés, ne serait-ce pas simplement de ne plus avoir peur ?

Sortie le 20/02/2019