SUNSET, de László Nemes

Le réalisateur, découvert au festival de Cannes 2015 avec le monumental Fils de Saul, dont il est reparti couronné du Grand Prix, livre avec Sunset un film tout aussi puissant, où il continue à explorer les mystères de l’humanité aux moments charnières de son histoire. À la veille de la première guerre mondiale, à Budapest, Írisz souhaite travailler au sein de la chapellerie autrefois tenue par ses parents ; elle n’imagine pas qu’en y mettant les pieds, elle se destine à découvrir, derrière la vitrine sophistiquée d’une époque, le chaos de son crépuscule, et, s’y enfonçant plus avant, à nous entraîner avec elle dans le tumulte ambiant. Bien plus que l’histoire personnelle de la jeune femme, c’est la peinture de cette fin d’ère qui frappe : grâce à une mise en scène nerveuse, László Nemes nous emporte dans un tourbillon de sensations, où les couleurs et lumières aussi chatoyantes que les matières des chapeaux confectionnés, les flous qui entourent les situations, la musique d’opérette très présente, suggèrent un monde perverti en suspens, qui ne peut que s’abîmer au bout du compte dans une guerre inhumaine. Riche de multiples références et volontairement sibyllin, Sunset est un film exigeant pour spectateurs volontaires, source d’infinis questionnements sur une société depuis des années déclinante, grande fresque slave allégorique, qui, tout comme le premier long-métrage du réalisateur, demeure durablement dans notre esprit, le marquant à jamais.

Sortie le 20/03/2019