UN TRAMWAY À JÉRUSALEM, de Amos Gitaï

Étrange film que celui-ci, où le réalisateur pose sa caméra dans le tramway qui relie des quartiers très différents de Jérusalem, pour faire ainsi se rencontrer, interagir, parler, crier, chanter des personnes qui n’ont d’autre point commun a priori que celui de se trouver là, dans ce véhicule, ensemble au même moment. On pouvait s’attendre à un long-métrage qui, prenant le contre-pied d’une simplicité de fait, due notamment à l’unité de lieu, nous assénerait des pseudos vérités graves sur la religion et l’histoire du monde. C’est finalement le contraire qui se produit, Gitaï choisissant le contre-pied du contre-pied, en livrant une œuvre essentiellement légère qui ne sombre pas dans le pathos. Si certaines scénettes ne retiendront pas forcément notre attention, d’autres resteront gravées dans nos mémoires, évocations d’une cohabitation de longue date au sein d’une ville chargée d’histoire, et surtout scènes de la vie conjugale, amicale, familiale ; car ce qui fait la force du film, c’est de voir que, même à Jérusalem, les gens sont juste comme nous : ils aiment, se le disent, se défont, doutent, rient et espèrent. Sur une musique adéquate composée par Louis Sclavis, Un tramway à Jérusalem déconcerte parfois, surprend souvent, et nous emporte dans ce trajet sans fin, cette excursion à travers l’humanité, belle et fragile. Un film inégal mais joliment sincère, qui permet d’envisager cette ville aux multiples visages, et de s’émouvoir de quelques beaux dialogues.

Sortie le 24/04/2019