68, MON PÈRE ET LES CLOUS, de Samuel Bigiaoui

Être ému par des clous, qui l’eût cru? C’est pourtant le tour de force que réussit à accomplir Samuel Bigiaoui, en filmant pendant plusieurs années Bricomonge, la quincaillerie parisienne tenue par son père bientôt retraité, militant maoïste dans ses jeunes années étudiantes, qui a su créer dans son magasin une ambiance accueillante basée sur la confiance et le partage. Comme les habitués de l’endroit que l’on voit à l’écran, on se sent tout de suite à l’aise en compagnie de Monsieur Jean, ses collègues, ses amis et ses clients, au milieu des ampoules et des cache-pots, à échanger longuement sur les années 60, la fin des petits commerces, le sucre porte-bonheur ou les factures impayées. C’est tout un monde qui s’offre à nous, le petit monde de Bricomonge, malheureusement en voie de disparition : économiquement peu viable à l’heure des  grandes enseignes, la boutique vit ses derniers jours ; et c’est autant l’occasion pour le fils de rencontrer son père, lors de touchantes et pudiques interviews, que d’apprécier la belle complicité qui unit tous les employés d’origines et d’horizons très différents, et de sourire en compagnie des clients plus ou moins extravagants. Simple et attachant, 68, mon père et les clous parvient à nous scotcher sans même que l’on s’en aperçoive, et l’on aimerait que cette caverne du bonheur nous soit toujours ouverte.

Sortie le 01/05/2019