MATAR A JESÚS, de Laura Mora

À Medellin, en Colombie, le père de Paula, étudiante en arts et en photographie, est assassiné devant ses yeux. Quelques semaines plus tard, elle reconnaît le jeune tueur à gages qui a exécuté son père, et tente de l’approcher, d’abord dans un désir de vengeance, jusqu’à ce qu’elle envisage petit à petit le quotidien difficile et tout le mal-être du garçon, le bien-nommé Jesús. Bien au-delà de l’histoire de vengeance et de pardon, par ailleurs plutôt bien menée, la réalisatrice essaie ici de nous sensibiliser à un fléau toujours d’actualité dans son pays, dont elle a elle-même fait les frais: son propre père a été tué dans la rue lorsqu’elle était jeune. Elle montre ici une ville violente, toujours bruyante, toujours en mouvement, véritable troisième personnage du huis-clos à ciel ouvert dans lequel se trouvent piégés Paula et Jesús, et parvient, grâce notamment à une caméra nerveuse, à rendre palpable l’insécurité qui règne dans les rues de Medellin. Dans ce pays où les armes circulent facilement, où un coup de feu est si vite parti, Jesús, autant que Paula et son père, est finalement victime du système, d’un corps social et politique malade et corrompu, où tout est à repenser. Et si la rencontre des deux jeunes gens, en colère, était le symbole de toute une jeunesse colombienne qui a soif d’une nouvelle ère?

Sortie le 08/05/2019