YVES, de Benoit Forgeard

Dans une veine un tout petit peu moins barrée que ses précédents films, Benoit Forgeard nous propose ici de rencontrer Yves, un fribot, c’est-à-dire un frigo intelligent qui, installé dans la cuisine du rappeur un peu glandeur Jérem, devrait l’aider à accoucher de son album. Instaurant comme à son habitude un ton loufoque au film et aux situations, le réalisateur parvient évidemment à aborder facilement par ce biais de nombreuses interrogations propres à notre époque, charnière s’il en est : jusqu’où nous mèneront les réseaux et univers connectés, qui de l’humain ou de l’algorithme l’emportera, avons-nous encore de la place dans nos vies pour la non-performance et la non-action, les robots pourront-ils vraiment comprendre les humains, et ressentir des émotions… Emportant dans cette aventure quelques interprètes dont il aime s’entourer, notamment le toujours parfait Philippe Katerine, Benoit Forgeard invite pour la première fois dans un de ses longs-métrages William Lebghil, très convaincant en rappeur pas mauvais mais souvent un peu dépassé. Et, au son du flow de Jérem, c’est un plaisir de suivre les péripéties de l’histoire du duo homme/machine, perturbé par la charmante So (Laura Tillier), qui nous offre de très belles séquences frôlant le surréalisme, d’une soirée de l’Eurovision de l’électro-ménager à un cocktail fluorescent complètement givré. Yves, un film très frais !

Le film est présenté en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Sortie le 26/06/2019