SO LONG MY SON, de Wang Xiaoshuai

Avec So long my son, Wang Xiaoshuai signe une grande fresque historique remarquable. Il prend le temps de suivre au plus près les sentiments des personnages, sur une quarantaine d’années, petits pions, membres du tout qu’est la grande patrie, la Chine, confrontés à l’une des plus radicales décisions du Parti : la politique de l’enfant unique, qui a couru de 1979 à 2015. Avec eux, on arrive à envisager le dur poids des obligations politiques, rarement en adéquation avec les désirs intimes et personnels de ceux qui le subissent. Liu Yaojun et Wang Liyun, les deux protagonistes, concentrent les colères et frustrations, les acceptations aussi, de tous les chinois ayant vécu cette période. Le réalisateur insère dans son film de grands élans romantiques, accentués par une musique très présente, mais réussit le tour de force de livrer un long-métrage qui ne tombe jamais dans un pathos dégoulinant, notamment grâce à ses choix audacieux de montage et de narration. So long my son n’obéit pas à une construction linéaire, mais mélange constamment les époques et les lieux, ce qui permet au spectateur d’apprécier pleinement, avant tout, les émotions des personnages, admirablement restituées par les deux acteurs, Wang Jingchun et Yong Mei, qui ont d’ailleurs obtenu l’Ours d’Argent des meilleurs acteur et actrice à la Berlinale de 2019. Wang Xiaoshuai nous offre un film important, tant parce qu’il met en image, minutieusement, un épisode de l’histoire de la Chine traumatisant pour nombre de ses citoyens, et qui n’a pas fini d’influencer des vies, que parce qu’il privilégie une narration inventive, éclatée, au service des sensations du spectateur : voilà du grand, du vrai cinéma, qui parlera autant aux chinois qu’aux occidentaux.

Sortie le 03/07/2019