HALTE, de Lav Diaz

Bien sûr, il convient d’être en forme pour voir le nouveau film de Lav Diaz, qui dure 4h39 et duquel sourd une ambiance lourde et pesante de fin du monde. Dans un futur proche, au sein de l’Asie, un despote fait régner la terreur sur le pays qu’il gouverne ; depuis trois ans, toute cette face du monde demeure une éternelle nuit, car le soleil a cessé de briller suite à d’imposantes manifestations volcaniques. Comme dans toute dictature, il y a ceux qui essayent de s’en sortir en suivant le leader, et ceux qui s’y opposent au péril de leur vie. Dans un décor apocalyptique, une ville plongée dans l’obscurité, filmée en noir et blanc, très souvent sous une pluie battante, des vies se mélangent et sous nos yeux un monde se dessine. La longueur du film aide à nous immerger complètement au sein de cette cité où règnent les épidémies et la mort facile, et le réalisateur, grâce à de longs plans fixes très graphiques, prenant grand soin du cadrage, nous offre des séquences d’une beauté fulgurante, dans un clair-obscur mémorable. Il met en scène, non sans ironie, des personnages parfois guettés voire envahis par la folie, notamment ce fameux président Navarra, animé d’une mégalomanie complète et destructrice. Halte est autant un film à voir qu’à vivre, et le spectateur qui s’y aventurera pourra y expérimenter des émotions intenses, au sein de cet univers dystopique dont Lav Diaz reste l’ultime ordonnateur.

Le film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Sortie le 31/07/2019