DES HOMMES, de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet

Ils sont jeunes, voire très jeunes, souvent désemparés, parfois même complètement perdus dans le centre d’incarcération des Baumettes, où ils purgent des peines variables, souvent pas pour la première fois. Les cinéastes filment ces hommes, des hommes comme les autres, un échantillon d’humanité, dont l’existence a mal démarré, qui ont fait des erreurs et en payent maintenant le prix. Il leur faut s’habituer à la vie en prison, c’est la jungle dit l’un d’entre eux: ils racontent les rapports houleux parfois, les tabassages à mort aussi, les règlements de compte pour pas grand chose et les règles propres au lieu: la vie n’est pas tendre derrière les barreaux, dans cet établissement vétuste et insalubre dont Alice Odiot et Jean-Robert Viallet filment longuement les coursives, les barreaux, les murs décrépis, où ils vivent souvent enfermés à deux ou trois dans neuf mètres carrés. On nous donne beaucoup à voir les échanges avec le personnel encadrant, la directrice, la responsable du bâtiment, l’infirmière, l’agent d’accueil, qui tous tentent de dialoguer avec les détenus et de les accueillir au mieux. Après cette immersion au sein de la prison, à regarder ces destinées qui semblent condamnées, la souffrance et les regrets de certains de ces prisonniers, l’oisiveté qui les guette, que la plupart essayent de déjouer en se tournant vers le sport et la musculation, des questions jaillissent: la privation de liberté est-elle la bonne solution pour toutes les personnes qui ont enfreint la loi? Ces hommes sont-ils accompagnés dans leur peine, afin de ressortir de leur incarcération plus armés pour faire face à leur vie et prendre les bonnes décisions? Il semblerait que non, et que la justice française ait des progrès à faire pour traiter dignement ses détenus, qui restent des hommes, avant tout.

La prison des Baumettes a fermé ses portes depuis le tournage.

Sortie le 19/02/2020